02 octobre 2015 ~ 1 Commentaire

Le feu en nous

(texte initialement publié sur : http://www.pearltrees.com/darkhaiker/economie-solidaire-ou-guerre/)

DhKaléidoscope

L’ECONOMIE SOLIDAIRE OU LA GUERRE

LE FEU EN NOUS

par Clausd

 

« Les hommes attendent toujours que les bombes tombent pour comprendre que les mots ont une portée métaphysique. »

Nous n’éviterons peut-être pas une nouvelle guerre mondiale, mais il nous semble de moins en moins certain que les maîtres du monde puissent mener à bien leur projet. Celui-ci est si absolument contre-naturel (et en ce sens au moins, sataniste), qu’il ne nous semble d’ores-et-déjà plus viable, malgré les apparences de santé débordante. Nous en dérèglerons jusqu’aux phases de la lune. Le colosse n’est pas simplement aux pieds d’argile, il est fait d’une sorte de glaise biologique visqueuse en expansion incontrôlée, comme un ogre de conte pour enfants qui finit par dévorer jusqu’à sa propre maison, et finalement tout l’univers.

 Par conséquent, l’alternative n’est pas la classique guerre ou paix, mais plutôt une question directement liée au suicide, donc une question ontologique. Un philosophe allemand a fait remarquer qu’à l’âge technicien, la distinction entre guerre et paix était en quelque sorte caduque puisque, comme l’a montré Darkhaiker, nous sommes en réalité en guerre permanente et universelle pour imposer un Système totalitaire de remplacement de toutes les humanités « anciennes », c’est-à-dire librement déterminées, non imposées par une force « impériale ». Rome hier, le libéralisme US aujourd’hui.

MAIS : ce Système basé exclusivement sur la puissance n’a pour nous, contrairement au romain, guère de chance de faire si long feu. La puissance est pire que la force : elle n’en a ni la stabilité, ni l’autonomie. La puissance est sans cesse en « volonté » d’auto-accroissement : elle n’a par essence aucune limite, sinon elle ne serait plus la puissance. Son expansion ne peut donc être qu’illimitée, et elle supposerait en ce sens, dans son application matérielle, un monde illimité. Et elle a besoin de carburant.

Voici notre pronostic : il n’y a pas que la planète qui ne tiendra pas, les hommes non plus. Un jour, prochain, le soma ne suffira plus. La métaphysique de jeunesse hitlérienne éternelle nécessaire au Système de puissance se heurtera aux frontières naturelles biologiques et spirituelles de l’humain. Certes on peut très bien être robot toute sa vie : mais pas avec des mises à jour perpétuelles et des reprogrammations à perpétuité.

Répétons-le : c’est une expérience inédite. Le texte de Darkhaiker, s’appuyant sur une noble et ancestrale tradition « spiritualiste », est précieux en ce sens qu’il donne une base solide sur laquelle appuyer nos méditations. La situation est pourtant entièrement nouvelle tant par la quantité des flux en jeu, que par leur qualité purement technicienne : au nom du futur, on se permet les pires atrocités dans le présent en plongeant romantiquement ses yeux dans le passé, pour se voiler la conscience. Un psychanalyste pourrait-il nous renseigner sur les limites chez l’homme du refoulement et du déni de réalité ?

A ce niveau, notre civilisation n’est même plus un simple et vulgaire palimpseste, comme dans les dictatures « traditionnelles » : on ne réécrit pas l’histoire, on la neutralise, comme la Nature, comme la jeunesse, comme tout, pour la rendre absolument insignifiante. Là est la racine du simulacre dickien dont parle si souvent Darkhaiker. Plus personne ne pourra bientôt dire est la réalité : il n’y aura plus qu’à se blottir tout au fond de son lit, bien au chaud des idéologies officielles, en attendant que les bombes tombent.

Mais peut-on réellement envisager la situation, pour un temps encore théorique, d’une vie passée absolument égoïstement, à écraser ou à mépriser son prochain en tout lieu et en toute circonstance ? Les nazis, s’ils avaient duré plus longtemps, n’auraient-ils pas fini par contracter tous quelque ulcère à l’estomac, et à y rester ? Et même les femmes, ces petits êtres ma foi peu portés sur l’universel, en reviendront.

Elles en reviendront, elles comme tous les autres, ou nous disparaitrons. Si certains n’aiment pas le mot combat, qu’ils réfléchissent donc à un mot beaucoup plus à la mode : l’amour. Qu’ils apprennent donc à aimer vraiment, et ils verront que cela est très proche de l’attitude du guerrier, que ce sont deux choses indissociables : on ne se bat pas sans aimer, on n’aime pas sans avoir le courage de se battre (contre ce que l’on n’aime pas). Rien n’est plus étranger à l’amour que le confort routinier et le « bien-être » moderne.

Les chanteurs de 68 n’aimaient pas la guerre, viscéralement. Ce n’était pas une attitude, une « pose » comme on dit maintenant, une catégorie spectaculaire pour vendre le charme de sa jeunesse ou de sa révoltitude. Ils aimaient de tout leur cœur : mais nous avons perdu ce feu sacré, nous l’avons perdu et vendu, et cela ne se rachète pas : il ne se retrouvera qu’en dedans de nous, pour ceux dont les battements du cœur sont encore autre chose qu’un triste mouvement biologico-médical normalisé systole-diastole. Celui du temps qui passe, comme la plus parfaite mécanique d’horloge, pendant que le monde brûle.

Non seulement nous ne voulons pas être des esclaves économiques de la guerre, mais nous ne voulons pas non plus devenir des robots. A l’heure sonnée de l’invasion des cyborgs, nous nous décrétons, définitivement, humains.

 

 

 CLAUS Autoportrait

(à DHK, pour sa fidèle amitié)

Une réponse à “Le feu en nous”

  1. C’est vous mêmes que vous honorez à travers le combat commun, et ce que
    vous placez au dessus de vous-même, comme le montre si bien votre petit
    texte sans titre du 29 quant au sens ancien de ces gestes de bienveillance oubliés ou aujourd’hui interdits en pays d’intégrisme post-humaniste.
    Quant à nous, ne sommes-nous pas essentiellement de purs symboles à éliminer, comme le fut « la race » juive à une époque ?


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